Il faut regarder les deux dates ensemble, parce que séparément elles racontent l'inverse de ce qui s'est passé. Le 27 juillet, un règlement entre en vigueur pour repousser à fin 2027 et mi-2028 les obligations qui pesaient sur les fournisseurs de systèmes à haut risque : gestion des risques, qualité des données, supervision humaine, enregistrement, journalisation. Le 2 août, la Commission ouvre l'exécution du règlement sur les obligations de transparence. Ce qui devient donc opposable cet été, ce n'est pas la conformité de ce que vous achetez : c'est la loyauté de ce que vous publiez. La charge s'est déplacée du fournisseur vers le déployeur, dans un intervalle de six jours, et presque personne n'a fait le lien.
Faits clés
- Depuis le 2 août 2026, l'AI Office et les autorités nationales font appliquer le règlement ; l'article 50 devient opposable
- Obligations de transparence : indiquer qu'un système conversationnel n'est pas humain, étiqueter les deepfakes, apposer un marquage lisible par machine sur les contenus générés ou modifiés
- Plus de 180 organisations ont signé le code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés, dont la première liste est publiée
- Trois canaux ouverts par la Commission : outil de plainte, dispositif de signalement pour lanceurs d'alerte, guichet pour les fournisseurs en aval de modèles à usage général
- Règlement (UE) 2026/1744 publié au Journal officiel le 24 juillet, en vigueur le 27 : obligations « haut risque » repoussées au 2 décembre 2027 (systèmes autonomes, annexe III) et au 2 août 2028 (systèmes embarqués dans des produits, annexe I)
- Le régime de sanctions du règlement prévoit, pour les manquements de cette catégorie, jusqu'à 15 M€ ou 3 % du chiffre d'affaires mondial
Le Fait
L'AI Act devient exécutoire sur son volet transparence, tandis que son volet « haut risque », celui qui structure la conformité produit, est reporté de seize mois à deux ans par un texte adopté quelques jours auparavant.
La Lecture
La leçon est moins juridique qu'organisationnelle. Ce qui vous est opposable aujourd'hui porte sur des systèmes dont la conformité, elle, n'est pas encore exigible de ceux qui les construisent : vous répondez de ce que vous n'avez pas conçu, avec les outils que vous trouvez sur le marché. C'est le même schéma que la deuxième peur relevée par McKinsey chez les salariés, où la responsabilité descend pendant que le contrôle reste ailleurs, mais transposé à l'échelle du droit. Il ne s'agit pas d'un défaut du texte : c'est la conséquence mécanique d'un report qui ne concerne qu'un côté de la chaîne.
L'Enseignement
Traitez la transparence comme un actif de crédibilité plutôt que comme une obligation de conformité : une organisation qui déclare clairement ce qu'elle produit avec de l'IA se distingue à peu de frais, dans une fenêtre où l'exécution reste à construire. Et cessez de croire que le report vous laisse du temps : ce qui a été repoussé est ce qui incombe à vos fournisseurs, pas ce qui vous incombe.