Une tribune parue le 18 août énonce ce que les rapports de sécurité contournent : le shadow IA naît d'une volonté de gagner du temps, pas d'un désir de contourner. La proposition est simple, presque banale, et elle a le mérite d'orienter la réponse au bon endroit. Si le mobile est le gain de temps, alors la seule contre-mesure efficace est une offre au moins aussi rapide. Toute autre réponse déplace l'usage sans le réduire.
Faits clés
- 77 % des dirigeants et collaborateurs d'ETI françaises déclarent utiliser l'IA générative
- 56 % des salariés français estiment que leur entreprise les laisse se débrouiller seuls avec l'IA, et 58 % dans les grands groupes (étude Factorial)
- Orange reste la référence citée avec Dinootoo, plateforme interne réunissant plusieurs modèles du marché dans un périmètre où les flux ne sortent pas du groupe
- L'approche consiste à ouvrir une alternative encadrée plutôt qu'à bloquer, en assumant que le blocage seul déplace l'usage vers le terminal personnel
- L'AI Act s'applique dans ses principales dispositions de transparence depuis le 2 août 2026
Le Fait
Le modèle de réponse qui s'impose dans les retours d'expérience français n'est ni l'interdiction ni la tolérance, mais l'alternative encadrée : une plateforme interne qui offre l'usage attendu à l'intérieur d'un périmètre maîtrisé.
La Lecture
Ce que Dinootoo règle, aucune charte ne le règle. Un salarié qui dispose d'un accès immédiat à plusieurs modèles du marché, dans une interface qui ne dégrade pas son expérience, n'a plus de raison d'ouvrir un compte personnel : l'écart de commodité, qui est le moteur unique du shadow IA, a disparu. Ce que cette approche exige, en revanche, est une décision que beaucoup de directions n'ont pas prise, et c'est là que se situe la vraie difficulté française. Elle exige d'accepter que la gouvernance soit un produit livré aux salariés plutôt qu'un document livré au juridique, avec ce que cela implique de budget, de feuille de route, d'exploitation et de service après-vente. Une charte coûte une réunion, une plateforme coûte une équipe. Le calcul reste pourtant favorable, puisqu'une charte ne produit aucun effet mesurable sur l'usage et qu'une plateforme le ramène dans le périmètre. La souveraineté numérique invoquée dans ces dispositifs est réelle, mais elle est seconde : ce qui fait revenir les salariés, c'est la disponibilité, pas la localisation des flux. Quant à l'AI Act, il ajoute une raison de plus de rapatrier l'usage, puisque les obligations de transparence qui s'appliquent depuis le 2 août portent sur ce que l'organisation publie, y compris ce qu'elle a publié sans le savoir.
L'Enseignement
Avant d'écrire la moindre politique, chiffrez l'alternative : combien coûte une plateforme interne réunissant deux ou trois modèles, quel délai de mise à disposition, quel niveau de service. Comparez ce chiffre à ce que vous coûte aujourd'hui l'usage clandestin, en exposition et en absence de traçabilité. Et si vous choisissez de ne pas la financer, assumez-le comme une décision d'arbitrage plutôt que de la déguiser en problème de discipline salariale.