Lexique · III · L'orchestration
Boucle agentique
Aussi : agentic loop
Le cycle qui fait passer l'IA de la parole à l'acte : agir, constater le résultat, corriger, recommencer, jusqu'à l'objectif atteint ou au blocage assumé.
L'analogie
Se garer dans un créneau serré. Personne ne calcule la trajectoire complète avant de toucher le volant : on braque, on regarde, on corrige, on recommence, et le créneau se fait. C'est une boucle d'action et de constat, pas un plan parfait exécuté d'un trait. La boucle agentique applique exactement ce principe au travail confié à l'IA.
Une mission, tour par tour
Avancez tour après tour : personne ne dicte les étapes, c'est le constat qui décide de la suite.
La mission
« Trouve pourquoi la facture 4021 a été rejetée. »
Garde-fou du harnais : 8 tours maximum
C'est tout ce que l'agent reçoit : un objectif, pas une procédure. Lancez la boucle.
Cinq tours, cinq inférences, une cause réelle, sans qu'aucune étape n'ait été dictée.
L'anatomie d'un tour
Chaque tour enchaîne trois temps. Décider : une inférence ; le modèle relit tout ce qu'il a sous les yeux, y compris les constats des tours précédents, et choisit la prochaine action. Agir : un outil est mobilisé pour lire un fichier, interroger un système, écrire. Constater : le résultat de l'action est réinjecté dans la fenêtre de contexte, où il nourrira la décision suivante. C'est ce troisième temps qui fait tout : la boucle transforme l'erreur en information. Et chaque tour laisse une trace. Le journal des tours est le premier objet que la supervision doit savoir lire.
Exemple concret
Un agent doit corriger un bug : il modifie le code (action), lance les tests (constat), en voit trois échouer (retour du réel), ajuste sa correction, relance. Quatre tours de boucle plus tard, les tests passent. Chaque tour combine une inférence et une action outillée, et le journal de ces tours est précisément ce que la supervision humaine devra pouvoir lire.
Quand la boucle déraille
Trois pannes typiques. L'obstination : la boucle répète une correction qui ne marche pas, en la reformulant à peine ; chaque tour confirme le précédent au lieu de le questionner. La dérive : elle atteint un sous-objectif, puis s'invente une suite que personne n'a demandée. L'épuisement : elle tourne, chaque tour coûte une inférence, et la facture file sans résultat. Aucune de ces pannes ne se corrige « dans le modèle » : elles se préviennent dans le harnais, avec une limite de tours, un budget par mission, des points d'arrêt obligatoires et un humain capable de lire le journal et de débrancher. Une boucle sans limites n'est pas de l'autonomie : c'est une délégation sans mandat.
Ce que ce n'est pas
Ce n'est pas une simple répétition : chaque tour re-décide de la suite en fonction du réel ; c'est là que se loge l'« intelligence ». Et ce n'est pas infaillible : une boucle peut s'obstiner dans une impasse ou tourner sans fin. D'où les garde-fous du harnais : limite de tours, budget, points d'arrêt obligatoires.
Souvent confondu avec
La distinction qui change la conversation.
- Automatisation classique (RPA, scripts)
- Un script rejoue une séquence figée et casse à la première surprise. La boucle agentique décide de l'étape suivante d'après ce qu'elle vient de constater. L'un exécute un chemin tracé d'avance, l'autre poursuit un but. C'est ce qui la rend plus puissante, et moins prévisible.